Dans une déclaration choquante, le capitaine Ibrahim Traoré, leader de la junte au pouvoir au Burkina Faso, a reconnu avoir enrôlé de force un journaliste en raison de son travail, alors que deux chroniqueurs sont déjà portés disparus. L’organisation Reporters sans frontières (RSF) appelle les autorités burkinabées à mettre un terme à ces pratiques inacceptables qui menacent le droit des citoyens à une information libre.
Des enlèvements inquiétants
Le 13 juillet 2024, un quatrième journaliste a été kidnappé au Burkina Faso en moins d’un mois. Alain Traoré, rédacteur en chef de l’émission Le Défouloir sur Omega Média, a été enlevé par des individus se présentant comme agents de l’Agence nationale de renseignements (ANR). Sa famille et ses collègues n’ont eu aucune nouvelle de lui depuis ce jour.
Le capitaine Traoré a récemment déclaré : « Un journaliste a été enrôlé dernièrement parce qu’il a passé le temps à mentir depuis 2023. » Cette affirmation semble viser Atiana Serge Oulon, directeur de publication de L’Événement, également enlevé par des membres présumés de l’ANR le 24 juin. La déclaration de Traoré résonne comme un avertissement pour les journalistes et illustre la répression croissante sous son régime.
Une répression systématique
Le chef de la junte a ajouté que le journaliste en question avait été convoqué à plusieurs reprises par des autorités de contrôle pour justifier ses affirmations. Cette dynamique rappelle les convocations subies par Oulon après la publication d’une enquête sur des détournements de fonds destinés aux Volontaires pour la défense de la patrie (VDP).
Suite à ces événements, plusieurs journalistes, sous couvert d’anonymat, ont confié à RSF que Serge Oulon est probablement « au front », enrôlé de force comme VDP et formé dans un camp militaire avant d’être intégré à une unité. Cette mobilisation forcée de journalistes critiques devient une réalité alarmante au Burkina Faso.
Une situation de plus en plus préoccupante
En décembre 2022, Oulon avait déjà soulevé des accusations de détournement de 400 millions de francs CFA (environ 609 000 euros) par un officier supérieur de l’armée. Peu après, il a été auditionné par les autorités militaires, qui ont tenté de lui soutirer des informations sur ses sources.
De plus, deux autres journalistes de la chaîne privée BF1, Kalifara Séré et Adama Bayala, sont également portés disparus depuis fin juin, ajoutant à la liste des cas inquiétants.
Appel à l’action
Sadibou Marong, directeur du bureau Afrique subsaharienne de RSF, dénonce cette tendance répressive en affirmant que les propos du capitaine Traoré témoignent d’un glissement vers un régime de plus en plus autoritaire. Il appelle les autorités à mettre un terme à cette politique d’intimidation qui, au final, nuit à l’ensemble des citoyens et à leur droit à une information pluraliste et indépendante.
La situation des journalistes au Burkina Faso continue d’attirer l’attention internationale, et il est crucial que la communauté mondiale s’engage pour défendre la liberté de la presse dans le pays.



