Après son investiture en tant que cinquième président de la République du Sénégal, Bassirou Diomaye Faye a rapidement révoqué les récentes nominations de magistrats effectuées par Macky Sall. Pendant ce temps, l’enquête sur les allégations graves de corruption impliquant des membres éminents du Conseil constitutionnel demeure dans l’impasse.
Le Conseil constitutionnel du Sénégal sous les feux de la controverse
Malgré son rôle crucial dans l’organisation des élections présidentielles du 24 mars dernier au Sénégal, le Conseil constitutionnel se retrouve plongé dans une tourmente politico-judiciaire. Le Parti démocratie sénégalais (Pds), en contestation de la disqualification de la candidature de Karim Wade pour double nationalité, a vivement critiqué l’institution, l’accusant de corruption et de partialité.
Soutenu par l’Alliance pour la République (Apr) et une partie de la coalition Benno bokk yaakar (Bby), le Pds a proposé la création d’une commission d’enquête parlementaire pour examiner les soupçons de collusion entre certains membres du Conseil constitutionnel et des candidats. Cette commission devait faire la lumière sur les allégations de conflits d’intérêts et de corruption, notamment en lien avec la disqualification de Karim Wade.
Les juges Cheikh Tidiane Coulibaly et Cheikh Ndiaye ont été particulièrement visés par le Pds, qui les accuse de connexions douteuses avec certains candidats. Ces accusations, largement relayées dans les médias et sur les réseaux sociaux, ont conduit Cheikh Ndiaye à déposer une plainte pour diffamation.
Nafissatou Diallo, députée et secrétaire nationale à la communication du Pds, a également affirmé publiquement que des individus auraient été corrompus pour favoriser certains candidats, citant nommément Amadou Ba.
Cependant, la commission d’enquête parlementaire n’a duré que quelques jours, étant dissoute le 18 février suite à l’ouverture d’une enquête judiciaire. Depuis lors, l’affaire est en suspens, suscitant des préoccupations quant à l’intégrité des institutions sénégalaises.
Des voix se sont élevées pour exprimer des inquiétudes quant aux conséquences de cette controverse sur la stabilité politique du pays. L’ancien député Thierno Bocoum a notamment déploré une tentative de report de l’élection présidentielle de 2024, attribuant à cette affaire une situation chaotique ayant abouti à la perte de vies.
Cependant, le médiateur de la République, Demba Kandji, a minimisé l’impact de ces accusations, les qualifiant d' »épiphénomène ». Il souligne que les juges du Conseil constitutionnel ont rempli leurs fonctions de manière objective et que la charge de la preuve incombe aux accusateurs.
Amnistie ou Protocole du Cap Manuel : Le Débat Fait Rage
La question de l’amnistie et du protocole du Cap Manuel continue de susciter de vives interrogations, surtout compte tenu de l’étendue de la loi d’amnistie proposée par le président Macky Sall lui-même. Cette loi est présentée comme un effort visant à apaiser le climat politique, à promouvoir la réconciliation et à dépasser les tensions. Selon la présidence sénégalaise, elle vise à pacifier l’espace politique et social, renforcer la cohésion nationale et maintenir le caractère démocratique du pays. La portée de cette loi couvre un large éventail de faits pouvant être qualifiés d’infractions criminelles ou correctionnelles, commis entre le 1er février 2021 et le 25 février 2024, tant sur le territoire sénégalais qu’à l’étranger, et liés à des manifestations ou à des motivations politiques, quelle que soit l’issue judiciaire de ces affaires.
Cependant, l’expression « motivations politiques » laisse place à différentes interprétations, soulevant ainsi des préoccupations quant à la clarification nécessaire des contours de cette loi. De plus, les allégations portant sur l’intégrité des juges, en particulier des membres du Conseil constitutionnel, méritent une attention particulière et une enquête approfondie.
Pourtant, ce même Conseil constitutionnel a été salué pour avoir préservé la République et la démocratie sénégalaises en invalidant la loi sur le report de l’élection présidentielle et en annulant le décret associé. Dans une décision récente, le Conseil a également rejeté les conclusions du Dialogue national, soulignant le respect de la Constitution en fixant la date du scrutin et en rappelant les candidats légalement éligibles.
Ainsi, il incombe aux nouvelles autorités de fournir des éclaircissements à la population sénégalaise sur ces questions. Les retards perçus dans cette démarche ont déjà été interprétés par de nombreux observateurs comme étant liés à un prétendu protocole du Cap Manuel.



