Les résultats des élections législatives françaises ont également été perçus de manière mitigée par l’Union européenne, contrairement aux prévisions des sondages. Pour les Européens, la question cruciale est désormais de savoir quelle coalition politique formera le gouvernement français.
Pour les partenaires européens de la France, son fonctionnement politique est perçu comme assez déroutant. La France se distingue en ne formant pas de coalitions politiques comme le font les autres pays européens, ce qui complique la compréhension des enjeux cruciaux pour son rôle au sein de l’Union européenne.
Premièrement, une préoccupation majeure concerne la nomination du prochain commissaire européen français, alors qu’Emmanuel Macron a déjà désigné Thierry Breton pour le renouvellement de son mandat. Deuxièmement, la question du « domaine réservé » du président de la République français, qui maintient une voix déterminante dans la politique étrangère de l’UE, reste à clarifier.
En ce qui concerne les priorités actuelles de l’Union européenne, certains doutes concernant le soutien à l’Ukraine semblent dissipés. L’absence d’une majorité, même relative, du Rassemblement national français pourrait maintenir le soutien à l’Ukraine dans son état actuel, bien que Jordan Bardella ait modéré ses positions initiales au cours de la campagne. En dernier lieu, le déploiement de soldats français et de capacités de frappe contre la Russie constituait une ligne rouge pour le Rassemblement national.
Cependant, l’éventualité d’une coalition ou d’un gouvernement minoritaire pourrait réduire l’influence politique dont jouissait le président Emmanuel Macron au sein du Conseil européen et affaiblir sa capacité à stimuler ou à soutenir un renforcement de l’aide à Kiev.
Des incertitudes persistantes Certains envisagent également une diminution de l’influence qui pourrait avoir des répercussions sur le fonctionnement de l’Union européenne, tant que la composition exacte du futur gouvernement français n’est pas connue. La dernière cohabitation en France remonte à vingt-deux ans, et les Européens se sont habitués à avoir un président français influent. Toutefois, le paysage a changé depuis, car le nouveau traité européen limite à une seule voix par pays au Conseil européen, mettant fin aux tandems comme celui de Jacques Chirac et Lionel Jospin à Bruxelles.
Nous entrons donc dans une période d’incertitude accrue, aggravée par la fragilité de la coalition allemande depuis les élections européennes. Les récentes crises traversées par l’Union européenne ont souligné que le moteur franco-allemand demeure essentiel pour faire progresser les projets européens.
Pendant la campagne électorale, ce sont surtout les programmes des partis politiques qui ont suscité le plus de questions en suspens, notamment en ce qui concerne les finances publiques. Aux yeux des Européens, tant le Nouveau Front populaire que le Rassemblement national ont proposé des politiques qui entraîneraient une forte augmentation des dépenses publiques. Cela intervient à un moment où la France est sous surveillance jusqu’à l’automne et risque une procédure européenne pour déficit excessif. Le programme du Nouveau Front populaire suscite également des interrogations, car il remet en question le pacte de stabilité qui est une condition sine qua non pour l’adhésion à l’euro, une réforme qui a déjà nécessité des mois de négociations intensives.



