Le Premier ministre sénégalais, Ousmane Sonko, n’a pas perdu son ton combatif d’opposant. Dimanche 10 juin, sur l’esplanade du Grand Théâtre de Dakar, il a fustigé les médias pour leur « dette fiscale impayée », accusé les magistrats de corruption et promis de ne pas pardonner les auteurs de malversations financières. Devant des milliers de partisans de son parti, les Patriotes africains du Sénégal pour le travail, l’éthique et la fraternité (Pastef), Sonko a attaqué tous azimuts, espérant remobiliser sa base alors que son gouvernement n’a pas encore de mesures concrètes à présenter.
Réponses Attendues à des Attentes de Justice
Face à une « jeunesse patriotique » galvanisée, Sonko a dénoncé les injustices subies sous l’ancien président Macky Sall. Il a évoqué son propre parcours, soulignant qu’il avait été empêché de se présenter à l’élection présidentielle en raison d’accusations basées sur un rapport désormais sur son bureau. Il a promis de transmettre ce dossier à la justice et a mentionné le lancement d’une cinquantaine d’audits dans divers secteurs, tels que la pêche et les infrastructures.
Analyses et Critiques
Selon Alassane Ndao, chercheur en sciences politiques, cette conférence politique visait à rassurer et séduire à nouveau sa base, répondant à des attentes de justice et d’équité. Cette intervention faisait suite à des critiques concernant le silence du gouvernement après que le Collectif des victimes du régime de Macky Sall a demandé un mandat d’arrêt international contre l’ancien président. Plus de 1 300 sympathisants du Pastef ont été emprisonnés et des dizaines tués lors de la précédente administration.
Madiambal Diagne, proche de l’ancien président, a critiqué Sonko, le qualifiant de « démagogue, populiste et irresponsable », et d’autres figures politiques ont exhorté Sonko à se concentrer sur les promesses de baisse des prix, l’emploi des jeunes et la relance économique.
Attaque Contre la Presse
Sonko a également critiqué violemment la presse sénégalaise pour des impayés fiscaux estimés à 39 milliards de francs CFA (59,5 millions d’euros). Mamadou Ibra Kane, président du Conseil des diffuseurs et éditeurs de presse du Sénégal, a répliqué en déclarant que « les médias ne sont pas des bandits fiscaux ni des opposants politiques » et que la presse demandait seulement une spécificité fiscale. Birahim Seck, président du Forum civil, a rappelé que le rôle du gouvernement est d’apporter des solutions durables, soulignant que Sonko doit maintenant adopter une approche plus rassurante et démocratique.
Conclusion
Ousmane Sonko, malgré son rôle de Premier ministre, semble toujours agir comme un opposant, utilisant une rhétorique agressive pour mobiliser ses partisans et critiquer ses adversaires. Les défis auxquels il fait face incluent non seulement la mise en œuvre de politiques concrètes mais aussi l’établissement d’une relation constructive avec les médias et l’opposition.



